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De Jos Kayser huet 2017 mat ‚Prinzessin Charlotte‘ säin éischt Buch geschriwwen. An där Geschicht geet et, ënnert anerem ëm Mëssbrauch, Relioun, Gleewhaftegkeet a Friede, Freude, Eierkuchen.
Am Mee 2018 koum säin zweet Buch ‚D’Bomi ass dout‘ eraus. Béid Bicher goufen vun den Editions Schortgen editéiert.

Fir d’Onverëffentlecht Säit huet hien mir ee richteg, klenge, grousse Schatz zoukomme gelooss …
Toujours jamais ass ee récit poétique, ech wäert Iech elo wöchentlech een Deel dervun zoukomme loossen.


Genéisst et, ‚t ass der Wäert!



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pour Josée

                                                                          1

Monsieur Pereur se réveilla un matin, sans raison pensait-il dans les premiers instants de son éveil. Depuis la retraite, il ne mettait plus le réveil. L’odeur du café le faisait régulièrement sortir de ses beaux rêves, s’il en faisait, ainsi que le tintement des couverts et des tasses sur le plateau qu’amenait son épouse près du lit pour prendre le petit-déjeuner. Un bâillement chassa passagèrement ses rides avant que la machine à penser ne se mette en marche. Le soleil projeta le petit-bois sur le mur blanc quand Monsieur Pereur ouvrit d’abord un œil, celui de droite puisqu’il était couché sur son côté gauche. L’autre œil était enfoui dans l’oreiller douillet. Sans ses lunettes, il devina les aiguilles de sa montre et constata la journée déjà bien entamée. Quelle fut donc la raison de ce sommeil profond ? Il interrogea ses alentours et trouva un coupable dans le duvet doux et enveloppant, l’ayant préservé de la brise parfumée diffusée depuis la fenêtre entrouverte donnant sur le jardin fleuri. Était-ce une raison suffisante permettant de résoudre l’énigme de ce réveil très particulier, étrangement mystérieux et pesant ? Monsieur Pereur continua à chercher et se rappela du clocher qui se retrouvait sans ses bronzes depuis le dernier orage et dont le carillon lui servait parfois à mesurer les interludes. Couchés comme des petites cuillères serrées l’un contre l’autre, l’étreinte amoureuse avec son épouse protégeait son dos fragile. Quand, soudainement, il se rendit compte qu’il manquait un élément essentiel à ce collage de corps. Il renia d’abord le plus flagrant des manquements qu’il pouvait regretter et étudia le dilemme auquel il se confronta pendant un long moment. Indubitablement, il ne sentait pas les cheveux courts de sa nuque se relever avec le souffle chaud de son épouse. Or, elle était proche, tellement proche de lui, enveloppée autour de son torse, qu’il eut été impossible de manquer ce doux témoin de son haleine. Après avoir en vain examiné tous les scénarios possibles, Monsieur Pereur dut se résoudre à l’inévitable, incommensurable et irréversible fatalité : sa compagne dormait sans respirer.
Monsieur Pereur se tourna vers son épouse et la regarda. Il la trouvait toujours belle, très belle, l’âge l’avait effleuré sans vraiment la toucher. Et s’il allait lui offrir des fleurs aujourd’hui ?
« Annabelle ? »
Il continua à observer le visage de son épouse pour détecter le moindre indice qui trahirait sa ruse.
« Annabelle ? »
Il s’approcha davantage, au point que son souffle parvenait à soulever ses fébriles sourcils, passa sa main dans ses cheveux et embrassa une mèche, puis le front dégagé par son geste prévenant. Il s’étonna de sa peau froide et sans tension.
« Comme tu es belle ! »
Monsieur Pereur retint son souffle et commença à compter pour mesurer combien de temps il parvenait à tenir. Il se rendit à l’évidence, rapidement, que son épouse maitrisait bien mieux ce périlleux exercice de respiration.
Et puis,
comme s’il avait préparé son discours préalablement, cherché les mots appropriés,
construit les phrases déjà,
étudié la musicalité de sa voix pour connaitre sa portée, tout en évitant le moindre soupçon d’un reproche,
mais avec la gravité nécessaire pour étayer le sérieux de sa démarche,
il s’adressa à son épouse :
« Annabelle ! Je sais que tu m’entends. Tu n’es pas loin encore et … »
Monsieur Pereur modula sa voix quand, après ses premières paroles, il se rendit compte qu’il s’était trompé de ton. Il ferma les yeux un court instant et y vit défiler les appositions nécessaires pour accorder sa voix au sérieux de ses mots : amour, compassion, complicité, conspiration, vigueur, mais aussi déception, tristesse et trahison.
La trahison d’une démission sans préavis.
Il reprit ses esprits et continua la phrase à l’endroit même où il l’interrompit :
« …et, tu ne te sentiras pas vexée, je l’espère,
mais ce que j’ai à te dire me pèse,
et tu le sais,
parce qu’on se l’était soufflé,
dit,
juré,
nous nous l’avions promis sous serment,
mais aujourd’hui tu te mets
dans l’impossibilité de respecter ton engagement,
alors je voulais te le répéter,
me le répéter,
pour le perpétuer
et te rappeler l’importance que j’y apporte.
Tu te rappelles du petit chemin qu’on avait trouvé derrière le cimetière de Varengeville ? Nous avions visité la belle petite église, alors que nous ne croyons pas en Dieu, mais elle était tellement belle qu’elle nous avait envoûté, et puis la modeste tombe de Braque que nous avions découvert sur notre chemin vers la sortie ? Le prolongement de ce petit chemin mène vers les falaises et l’abondance des sensations du ciel, de l’air et de l’odeur des fleurs nous avait extirpé cette esquisse romantique d’un départ commun organisée. Après avoir franchi le taillis, nous nous trouvions devant cette vue étourdissante avec son éclairage mirobolant et nous nous imaginions le jour où nous allions en décider ainsi, de sauter, la main dans la main, pour échouer sur les rochers et les galets, et offrir ainsi nos corps déchiquetés aux rapaces. Tu te rappelles comment on s’est imaginé retourner dans la nature ainsi consommés par les mouettes et les goélands et redistribués sur les champs, les bois et les vagues ? »
Les derniers mots s’étouffèrent quelque peu quand il réalisa qu’une larme, une minuscule mais visible larme, s’était formée dans le creux du nez couché d’Annabelle.
« Annabelle ? Tu m’as entendu ? »
Monsieur Pereur, qui ne s’était attendu à aucun signe d’acquiescement, fut bouleversé et tira le manche de son pyjama au-dessus de ses doigts tremblants pour essuyer la larme.
« Adieu mon amour ! Adieu ! »
Frappé par ce geste, ce dernier geste, Monsieur Pereur lutta contre ses propres larmes qu’il jugea inopportunes. Il préféra convertir son chagrin en colère, sa tristesse en révolte, sa souffrance en rancœur.
« Tu pars avant moi et je t’en veux. Terriblement. »
Il le dit avec tellement d’amour, de douceur et de sensibilité, qu’il parvint à enlever tout sens de ses paroles. Et puis, frappé d’une ultime considération du mal qui frappait son cœur, il se rendit compte que ce n’étaient pas les derniers mots qu’il voulait lui adresser. Non, les derniers mots se devaient d’être les plus rassurants qu’une femme puisse dire à son homme, les plus rassurant qu’un homme puisse dire à sa femme.
« Je t’aime. »

(Text: Jos Kayser)

 

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